Fosse commune pour Raguenet (4/4)

Publié le par Bloggesse


 CI-GÎT
NICOLAS-JEAN-BAPTISTE
RAGUENET
NÉ LE 23 JUILLET 1715
À PARIS
(PAROISSE SAINT SULPICE)
  MORT LE 17 AVRIL 1793
À GENTILLY
(HOSPICE DE BICETRE)



C'est l'assistance publique qui recueillit Raguenet à la fin de sa vie. Comment arriva-t-il à l'hospice ? Fut-il déposé dans le tombereau de la maréchaussée qui contrôlait les mendiants des rues ? Fut-il secouru par le Bureau de Charité de sa paroisse ? A sa mort, où fut-il enterré ? Autant de questions auxquelles nous nous efforcerons de répondre au long des quatre articles suivants dans le Rag´Blog et avec l'aide des registres de l'hospice de Bicêtre :

- Raguenet à l'hospice
- Infirmité
- Raguenet dans la tourmente révolutionnaire
- Fosse commune pour Raguenet


  


  





 



Vers 1740, vue de l'hôpital royal de Bicêtre près de Paris, porte nord, par Jacques Rigaud (crédit photo. RMN)



             



Aujourd'hui, la porte nord et le parc Philippe Pinel, ancien cimetière de l'hôpital






Chercher aujourd'hui la tombe de JBN Raguenet au cimetière municipal de Gentilly (de l'autre côté de l'actuel périphérique) est une gageure puisqu'en ce temps-là, à Bicêtre comme ailleurs, les
pauvres n'avaient droit qu'à la fosse commune. Lisons ce qu'en disait un témoin de l'époque, le "père Richard", cité par Delamare (1) : 


« Le régime, la qualité des vivres sont pour Hagnon (2) à l'origine de l'épuisement et du marasme ; l'entassement, le froid, l'humidité, l'air confiné à l'origine des fièvres
putrides et du scorbut. Quoiqu'il en soit, de 1780 à 1790, il meurt en moyenne quatre cent trois individus par an à Bicêtre (3). Tous les matins, raconte le père Richard dans ses souvenirs, les
morts étaient conduits à l'église. Après la messe, on les enterrait dans la fosse commune, sauf les employés qui avaient droit à une fosse à part.»
                      Le grand renfermement : Histoire de l'hospice de Bicêtre,
1657-1974, par Jean Delamare et Thérèse Delamare-Riche, Maloine, Paris, 1990


Le cimetière ou la fosse commune de Bicêtre était situé dans le triangle enclos de murs qui s'étend devant la porterie nord ou Porte St Jean-Baptiste (cf. photo ci-dessus). Aujourd'hui, un petit
bâtiment de style néo gothique occupe l'ancien secteur des tombes, rebaptisé ''Jardin Pinel'' (il s'agit d'une ''salle des morts'' construite au XIXe siècle pour la dissection des cadavres).


Depuis 1757, l'entrée principale de Bicêtre se situe à l'est : la Porte des Champs remplaça l'entrée nord (qui datait de 1168) dans un souci d'accessibilité, comme l'explique un article très documenté de M. Jean Dif, poète et historien contemporain :


« Cette porte située à l'est fut construite en 1757, c'est-à-dire sous Louis XV, par Charles Trudaine fondateur de l'École des
Ponts et Chaussées. Elle n'est pas la porte d'origine de l'hôpital ; cette dernière était située au nord, en direction de Paris, en haut d'une pente descendant vers la vallée de la Bièvre, ce qui
en rendait l'accès difficile. La nouvelle porte, lors de son ouverture, donnait sur la campagne, en direction et à proximité de la voie de Paris à Fontainebleau, qui deviendra plus tard la route
nationale N° 7. De la voie à la porte, la pente était douce ce qui facilitait l'accès à l'hôpital.»


Les restaurations successives ont laissé aux lourds vantaux de bois de la porterie Est le heurtoir et la grille-parloir où peut-être Raguenet a dû décliner son
identité, un jour de février 1793.


Car même si, de son vivant, il reçut les honneurs des Salons de l'Académie St Luc en 1752 et 1753, du Salon du Louvre en 1767, même s'il compta jusqu'à la Marquise de Pompadour (3) comme
cliente en 1762, Raguenet dût rejoindre les indigents (4) de l'hospice pour mourir.


 


(1) « (…) en nombre de plus en plus grand, les « bons pauvres » valides étaient appelés à remplir certaines fonctions indispensables à la vie de l'établissement. Ainsi
de l'un des témoins les plus utiles pour la restitution de la vie quotidienne à Bicêtre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et dont les souvenirs seront bien souvent cités : le "père"
Richard. Celui-ci, ayant de l'instruction, fut bientôt nommé "directeur boîtier", c'est-à-dire chargé de la correspondance de l'Hôpital. » (Delamare)  


(2) Jean-Antoine Hagnon, Econome de Bicêtre


(3)  Jeanne Antoinette Le Normant d’Etiolles, née Poisson, marquise de Pompadour, favorite du roi Louix XV


(4) «Indigents : Remplacent les "pauvres", ceux qui bénéficient de la charité chrétienne, et les "mendiants", assimilés aux vagabonds ou personnes "sans aveu". La Convention
s'efforce d'assister les indigents en leur versant des pensions, en leur distribuant des arpents de terre. Entrent dans cette catégorie les filles mères, les enfants trouvés, les
agriculteurs invalides, les artisans âgés, les veuves, les parents des défenseurs de la patrie» (La Révolution française au jour le jour, par Denys Prache, Hatier, Paris,
1985).


 


Sources et liens :


Le grand renfermement : Histoire de l'hospice de Bicêtre, 1657-1974, par Jean Delamare et Thérèse Delamare-Riche, Maloine, Paris, 1990


Banque d'images, Centre de recherche, Château de Versailles

Commenter cet article