Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 20:39

 CI-GÎT
NICOLAS-JEAN-BAPTISTE
RAGUENET

NÉ LE 23 JUILLET 1715
À PARIS
(PAROISSE SAINT SULPICE)

  MORT LE 17 AVRIL 1793
À GENTILLY
(HOSPICE DE BICETRE)

C'est l'assistance publique qui recueillit Raguenet à la fin de sa vie. Comment arriva-t-il à l'hospice ? Fut-il "ramassé" par la maréchaussée qui arrêtait les mendiants ? Fut-il secouru par le Bureau de Charité de sa paroisse ? Après sa mort, où fut-il enterré ? Autant de questions auxquelles nous nous efforcerons de répondre avec l'aide des registres de Bicêtre, au long de 4 articles :

- Raguenet à l'hospice
- Infirmité
- Raguenet dans la tourmente révolutionnaire
- Fosse commune pour Raguenet

  

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Vers 1740, vue de l'hôpital royal de Bicêtre près de Paris, porte nord, par Jacques Rigaud (crédit photo. RMN)

             

Aujourd'hui, la porte nord et le parc Philippe Pinel, ancien cimetière de l'hôpital

Chercher la tombe de JBN Raguenet au cimetière municipal de Gentilly (de l'autre côté du périphérique), est une perte de temps car bien sûr, à Bicêtre comme ailleurs, les pauvres sont enterrés dans la fosse commune. Lisons ce qu'en dit le "père Richard" (1), un témoin de l'époque cité par Delamare : 

« Le régime, la qualité des vivres sont pour Hagnon (2) à l'origine de l'épuisement et du marasme ; l'entassement, le froid, l'humidité, l'air confiné à l'origine des fièvres putrides et du scorbut. Quoiqu'il en soit, de 1780 à 1790, il meurt en moyenne quatre cent trois individus par an à Bicêtre (3). Tous les matins, raconte le père Richard dans ses souvenirs, les morts étaient conduits à l'église. Après la messe, on les enterrait dans la fosse commune, sauf les employés qui avaient droit à une fosse à part.»
                      Le grand renfermement : Histoire de l'hospice de Bicêtre, 1657-1974, par Jean Delamare et Thérèse Delamare-Riche, Maloine, Paris, 1990

Le cimetière ou la fosse commune de Bicêtre était situé dans le triangle enclos de murs qui s'étend devant la porterie nord ou Porte St Jean-Baptiste (cf. photo ci-dessus). Aujourd'hui, un petit bâtiment de style néo gothique occupe l'ancien secteur des tombes, rebaptisé ''Jardin Pinel'' (il s'agit d'une ''salle des morts'' construite au XIXe siècle pour la dissection des cadavres).

Depuis 1757, l'entrée principale de Bicêtre se situe à l'est : la Porte des Champs remplaça l'entrée nord (qui datait de 1168) dans un souci d'accessibilité, comme l'explique un article très documenté de M. Jean Dif, poète et historien contemporain :

« Cette porte située à l'est fut construite en 1757, c'est-à-dire sous Louis XV, par Charles Trudaine fondateur de l'École des Ponts et Chaussées. Elle n'est pas la porte d'origine de l'hôpital ; cette dernière était située au nord, en direction de Paris, en haut d'une pente descendant vers la vallée de la Bièvre, ce qui en rendait l'accès difficile. La nouvelle porte, lors de son ouverture, donnait sur la campagne, en direction et à proximité de la voie de Paris à Fontainebleau, qui deviendra plus tard la route nationale N° 7. De la voie à la porte, la pente était douce ce qui facilitait l'accès à l'hôpital.»

Les restaurations successives ont laissé aux lourds vantaux de bois de la porterie Est le heurtoir et la grille-parloir où peut-être Raguenet a dû décliner son identité, un jour de février 1793.

Car même si, de son vivant, il reçut les honneurs des Salons de l'Académie St Luc en 1752 et 1753, du Salon du Louvre en 1767, même s'il compta jusqu'à la Marquise de Pompadour (3) comme cliente en 1762, Raguenet dût rejoindre les indigents (4) de l'hospice pour mourir.

 

(1) « (…) en nombre de plus en plus grand, les « bons pauvres » valides étaient appelés à remplir certaines fonctions indispensables à la vie de l'établissement. Ainsi de l'un des témoins les plus utiles pour la restitution de la vie quotidienne à Bicêtre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle et dont les souvenirs seront bien souvent cités : le "père" Richard. Celui-ci, ayant de l'instruction, fut bientôt nommé "directeur boîtier", c'est-à-dire chargé de la correspondance de l'Hôpital. » (Delamare)  

(2) Jean-Antoine Hagnon, Econome de Bicêtre

(3)  Jeanne Antoinette Le Normant d’Etiolles, née Poisson, marquise de Pompadour, favorite du roi Louix XV

(4) «Indigents : Remplacent les "pauvres", ceux qui bénéficient de la charité chrétienne, et les "mendiants", assimilés aux vagabonds ou personnes "sans aveu". La Convention s'efforce d'assister les indigents en leur versant des pensions, en leur distribuant des arpents de terre. Entrent dans cette catégorie les filles mères, les enfants trouvés, les agriculteurs invalides, les artisans âgés, les veuves, les parents des défenseurs de la patrie» (La Révolution française au jour le jour, par Denys Prache, Hatier, Paris, 1985).

 

Sources et liens :

Le grand renfermement : Histoire de l'hospice de Bicêtre, 1657-1974, par Jean Delamare et Thérèse Delamare-Riche, Maloine, Paris, 1990

Banque d'images, Centre de recherche, Château de Versailles

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Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 20:39

 CI-GÎT
NICOLAS-JEAN-BAPTISTE
RAGUENET

NÉ LE 23 JUILLET 1715
À PARIS
(PAROISSE SAINT SULPICE)

  MORT LE 17 AVRIL 1793
À GENTILLY
(HOSPICE DE BICETRE)

C'est l'assistance publique qui recueillit Raguenet à la fin de sa vie. Comment arriva-t-il à l'hospice ? Fut-il "ramassé" par la maréchaussée qui arrêtait les mendiants ? Fut-il secouru par le Bureau de Charité de sa paroisse ? Après sa mort, où fut-il enterré ? Autant de questions auxquelles nous nous efforcerons de répondre avec l'aide des registres de Bicêtre, au long de 4 articles :

- Raguenet à l'hospice
- Infirmité
- Raguenet dans la tourmente révolutionnaire
- Fosse commune pour Raguenet

L'arrivée de Raguenet à l'Hospice de la Vieillesse-Hommes (nouveau nom de l'Hospice de Bicêtre en 1793) s'inscrit dans un mouvement général de l'époque à Paris, qui battit des records en 1790, comme l'illustre ci-dessus la courbe des entrées à Bicêtre entre 1726 et 1828.

IMG 0812

IMG_0813.JPG

 

 

 

 

 

Admis en tant que Bon Pauvre, JBN Raguenet, ''peintre en tableaux", vient rejoindre les 4,7% de peintres, sculpteurs, bijoutiers, orfèvres recensés à Bicêtre :

« Il s'agit surtout de maîtres et de compagnons. Ces artistes et ces artisans dépendant dans leur existence d'une clientèle ; ils produisent des objets qui vont parfois jusqu'au luxe. (...) Le plus souvent, il s'agit d'une déchéance qui frappe la partie la plus modeste de professions qui appatiennent parfois à la bourgeoisie. »

Le Château de Bicêtre, maison de l'hôpital général, et sa population au milieu du XVIIIe siècle, Daniel Letouzey, Mémoire de maîtrise, Sciences Humaines, Paris, 1970

« Les causes ne manquaient pas cependant durant ces années au dérangement des cerveaux peu solides. La hantise de la guillotine, l'état de guerre civile et étrangère, tout concourait à multiplier les cas d'alénation (...) Un recensement fait par Pinel lui-même en 1795 parmi les aliénés de Bicêtre nous fournit d'ailleurs d'utiles indications sur les causes de leur maladie.
" sur 113 aliénés sur lesquels j'ai pu observer des informations exactes, 34 avaient été réduits à cet état par des charges domestiques, 24 par des obstacles mis à un mariage fortement désiré, 20 par les événements de la Révolution, 25 par un zèle fanatique ou les erreurs de l'autre vie." »
                   Le grand renfermement : Histoire de l'hospice de Bicêtre, 1657-1974, par Jean Delamare et Thérèse Delamare-Riche, Maloine, Paris, 1990

 

La Révolution à Bicêtre

En avril 1792, un an jour pour jour avant sa mort (17 avril 1793), Raguenet ne vit pas à Bicêtre le premier essai de la guillotine :

« On descendit de la charrette cette machine qui fut aussitôt montée dans une petite cour voisine de l'amphithéâtre. Il y eut à peine place pour six ou sept spectateurs (dont les médecins Pinel, Cabanis, Louis, Cullerier et Guillotin). Les cadavres de deux prisonniers et celui d'une femme gâtée, furent successivement présentés au fatal couteau. Trois têtes tombèrent et cet essai ne laissa rien à désirer. Il fut alors résolu que cet instrument remplacerait les autres instruments de supplice. Le dernier condamné à la roue fut exécuté à Bicêtre : Domergue, prisonnier fut rompu vif le 11 mai 1791 dans la cour de l'église. »
                     Le grand renfermement : Histoire de l'hospice de Bicêtre, 1657-1974, par Jean Delamare et Thérèse Delamare-Riche, Maloine, Paris, 1990

Toujours en 1792, les Massacres de Septembre qui ensanglantèrent la France et les prisons parisiennes, dont Bicêtre où, dans la nuit du 3 au 4 septembre, écrit le Père Richard, des centaines de prisonniers de la Force, des Cabanons et du Poli des Glaces, et d'enfants de la Correction, périrent sous les gourdins et les piques de 1500 à 2000 Septembriseurs (cf. ci-dessous). Ces massacres visaient « les aristocrates, les prêtres réfractaires et les riches négociants  ». (La Révolution française au jour le jour, par Denys Prache, Hatier, Paris, 1985).

Un autre événement important de l'année 1792 à Bicêtre fut la prise de fonctions du Docteur Philippe Pinel (1745-1826), le 11 septembre 1792,. Auteur d'une Histoire de la manie, il  révolutionna le traitement de la folie en libérant les malades de leurs chaînes dès 1795 (cf. ci-dessous). Son "Traitement moral" offrant respect et considération aux aliénés, allait permettre la guérison de certains d'entre eux par le simple fait de leur avoir rendu leur dignité.
Enfin, l'année de la mort de Raguenet vit commencer une nouvelle ère : celle du calendrier républicain. Il entra officiellement en vigueur le 5 octobre 1793 (14 vendémiaire an II), jusqu'au 9 septembre 1805 (22 fructidor an XIII) où Napoléon restaura le calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806. Le calendrier républicain fut donc d’application légale jusqu’au Primidi 11 nivôse an XIV (31 décembre 1805).

f1

"Massacre des prisonniers de la Prison du Châtelet et de la Maison de Bicêtre
le deux et trois Septembre et jours suivants, au nombre d'environ huit cents"

Philippe Pinel délivrant les insensés de leurs chaînes, par Tony Robert-Fleury (1876)



Un peu d'histoire...

images-copie-1.jpg

                                                  

Médaille : L'édit contre les fainéants en 1700 (44,5 x 28,5 cm)

                                              

Inscriptions marques : Avers : LUDOVICUS XIV REX CHRISTIANISSIMUS ; Revers : PIETAS OPTIMI PRINCIPIS ; Exergue : VETITA DESIDIOSA MENDICITAS. M. DCC. 1700./ EDIT CONTRE LES FAINEANTS.
La mendicité estoit devenuë si commode & si fructueuse, que non seulement les vagabonds de l'un & de l'autre sexe en faisoient un métier; mais qu'une infinité de gens abandonnoient la culture des terres, & desertoient les villages. On ne trouvoit plus qu'à grands frais des gens de journée, beaucoup de terres demeuroient incultes, & le prix des grains augmentoit. Le Roy, pour arrester ce desordre, donna un Edit, qui sous de griéves peines défend de mendier dans les ruës, ni dans les chemins. Il y joignit des reglements très sages & très salutaires, pour employer les pauvres qui seroient en estat de travailler; & à l'égard des véritables pauvres, que la vieillesse ou les infirmitez empeschent de gagner leur vie, il pourveût à leur subsistance. Par ce moyen les campagnes furent mieux cultivées, & l'on ne vit plus cette multitude de fainéants, qui pour émouvoir à compassion, se chargeoient d'enfants empruntez, & faisoient paroistre dans le royaume une misére, qui n'y estoient point./ C'est le sujet de cette médaille. On y voit la Piété à la maniére des anciens, sous la figure d'une femme voilée, & assise près d'un autel. Les mots de la légende, PIETAS OPTIMI PRINCIPIS, signifient, la piété du meilleur des Princes. L'exergue, VETITA DESIDIOSA MENDICITAS. M DCC. veut dire, la fainéantise et la mendicité abolies. 1700. En bas à droite : 281

                                                                 Source bibliographique : Médailles sur les principaux événements du règne entier de Louis Le Grand avec des explications historiques, Nicolas Godonnesche, Paris, Imprimerie Royale, 1723, fol 281
                                   Fonds : Bibliothèque municipale de Versailles N°identification : Rés J 16_fol 281 © notice : Château de Versailles

 

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